Si quelque fois (illustres Sénateurs)
Les droicts desquelz estes observateurs,
Aucun loysir vous avez d'intermettre
Pour baisser l'œil sur ceste Epistre en metre,
Je vous supply ne trouver point estrange
Me voir entrer en la haulte louange
De vostre Court, et grand Senat Gaulois,
Administré par vous de justes loix,
Car aujourdhuy il ha telle apparence,
Que sur tout autre on luy doibt reverence.
C'est le Senat où l'on trouve équité,
Pour chastier l'humaine iniquité.
C'est le Senat où charité puissante
Est comme un clair Soleil resplendissante,
Lors qu'il vous plaist moderer la rigueur
Des justes loix : pour remettre en vigueur
Aucunefois saincte misericorde
Quand de plusieurs condamnez à la chorde
Diminué est par vous le torment.
C'est le Senat, c'est le hault parlement,
Duquel il est sorty maint homme illustre,
Qui a esté l'ornement et le lustre
De la Justice, à l'aureille des Roys,
Qui ont trouvé voz jugemens fort droicts.
Et entre maints nobles et sçavans hommes
Lesquelz avoir flori, certains nous sommes,
Le chancellier Olivier méritoit
Lors immortel, et bien fort digne estoit
Que les neuf Seurs Pernassides tant belles
L'ornassent mieux de graces immortelles
Que je n'ay faict par ce mien petit œuvre
Qui les regrets de son trespas descœuvre.
Et toutefoys par la posterité
Sera congnu l'honeur bien mérité
Par homme tel, qui du vueil immobile
Du tout puissant, l'age de la Sibille
Debvoit passer, toutefois l'Eternel
Qui tout regist soubs son bras supernel,
Attire à soy ceux qui sont en sa grace,
En leur donnant non la viande grasse,
Ou le repas que la Terre produict,
Mais du Nectar le tant savoureux fruict,
C'est à sçavoir l'Ambrosie celeste,
Que l'on ne gouste en ce Monde moleste,
Qui est, pour vray, de Dieu la vision,
Lors que l'Esprit faict sa division
Du corps mortel, et monte en la Contrée
Saincte, où de Dieu la face est rencontrée.
C'est l'eternelle et divine Cité,
Où en soulas et en felicité
Ce Chancellier heureusement demeure,
Et ne voudroit en la basse demeure,
Venir encor, donc de son noble nom
Aux successeurs s'espandra le renom,
Ne plus ne moins que de vous, honorables,
Justes, et bons Senateurs, tant louables
Au grand Senat de la plus noble ville
Du
Roy Gaulois, la plus belle, et civile,
Duquel Sénat le renom est bien tel,
Qu'il demourra en renom immortel,
En surpassant le Sénat de Carthage
Duquel le bruict dure jusqu'à cest age,
Et surpassant le Senat des Romains
Qui subjuguoyent tant de peuples humains,
Brief le Sénat des vieux Atheniens,
Des Rhodiens, Lacédemoniens,
N'est rien au pris du vostre, où exercée
Est la droicture, et non point renversée,
Lequel tousjours le plus noble on dira,
Car ce Senat sur tous resplendira,
Comme la Lune est claire sur l'Aurore,
Et le Soleil dessus la Lune encore,
De voz espris reluira la grandeur
Par dessus tous en louange et grand heur,
Non seulement par la jurisprudence
Dont vous mettez la force en évidence,
Mais par sçavoir des lettres noblement,
Dont le culteur florist durablement,
Et dont le nom en grand honeur s'esvente,
Comme celluy dont l'Arpine se vente,
A sçavoir Marc Ciceron, dont la gloire,
Laisse de luy éternelle memoire,
Car bien qu'il fust illustre Sénateur,
C'éstoit de tous le plus grand orateur,
Et quelque foys par intermission
De son Senat, par recréation
Il escrivoit de la Philosophie
Qui les Espris noblement édifie.
Donc mes Seigneurs, qui allez ensuyvans
Ce Ciceron, et mieux que luy vivans
Selon ce Dieu qui Terre et Ciel domine,
Où vostre Esprit heureusement chemine,
En exerceant droicture tous les jours,
Je vous supply estimer que tousjours
Resplendira le Senat honorable,
Où vous aurez un renom perdurable.
Fin..